Préambule

La crise actuelle n’en finit pas de confronter Haïti à ce qu’il y a de pire en elle. Elle est
touchée en plein cœur. La confiance en l’État, un des éléments fondamentaux de la vie en
société, s’est évaporée. Les Haïtiens se sentent trahis et désorientés. Beaucoup se demandent
en ce début d’année : comment sortir de ce marasme ?
« Il faut que quelque chose change dans ce pays. »
Que faire aujourd’hui ou du moins que faire cette année pour changer positivement les
choses ?
L’année 2025 a été éprouvante, celle de 2026 ne sera pas facile. Cette crise pèsera encore sur
la vie personnelle et collective. Le premier point de vigilance c’est de ne pas laisser les
épreuves désaltérer la soif du changement, cet espoir collectif de s’engager pour inverser la
tendance et réparer les vivants de ce pays. L’avenir de la nation, de plusieurs générations, est
en jeu.
Ce premier article collectif de l’Espace de Réflexion Éthique d’Haïti (EREH) veut être un
premier catalyseur pour déclencher un élan vital. Pour penser l’année dans un dynamisme de
rayonnement et de sursaut, véhiculant la culture de l’esprit de la responsabilité collective. Un
autre chemin est possible, celui de l’unité partagée, d’un dynamisme de réflexion exigeante, de
stratégie renouvelée pour s’engager, pour trouver des voies nouvelles pour la société de
demain.
Cet article réunit donc la réflexion, résolument pluridisciplinaire, des personnes provenant
d’horizons divers : des sciences médicales, des sciences naturelles et vie, des sciences
humaines et sociales et autres domaines de recherches. C’est un article qui traite de ce que
nous vivons en ce moment et ce que nous avons vécu en Haïti ces dernières années, et surtout,
il identifie quelques lieux de sursaut et de rayonnement dans le contexte actuel. Ces
contributions visent à donner une meilleure compréhension des enjeux éthiques et sociétaux
très complexes, tout en nous permettant de comprendre que la société dans son ensemble, est
confrontée à de redoutables interrogations sur l’avenir. Il apparait aussi comme possibilité de
visualiser le type de société que nous pourrions construire, ainsi que la conception du citoyen
que nous aimerions forger. L’homme est capable de sagesse et peut être un artisan de la paix,
donc c’est possible.
L’Espace de Réflexion Éthique d’Haïti souhaite à chacun une bonne année 2026 en répétant
cette phrase à tout le monde : Ne vous laissez pas enfermer par la peur. Il y a des raisons d’avoir
confiance et cela passe par l’engagement dans l’unité pour relever les défis à venir.

Steevenson Montinard

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Repenser la sécurité globale en Haïti

La sécurité en Haiti a trop souvent été abordée sous l’angle d’urgence, d’exception ou de la
répression. Cette lecture, si elle reflète la gravité de la situation, tend à figer le pays dans une
crise permanente L’année 2025 a été marquée par une vague intensification de la violence
armée, des déplacements massifs de la population, la dégradation et la fragilisation des
services publics, c’est le point critique. Cette situation a mis en évidence une limite
structurelle et l’impossibilité de l’État de restaurer durablement la sécurité par des réponses
exclusivement coercitives face aux enjeux structurels de gouvernance.
A l’aube de 2026, une autre approche mérite d’être explorée : celle d’un sursaut fondé sur
une capacité reposant sur la légitimité institutionnelle. On peut s’inspirer des travaux issus
d’expériences latino-américaines et africaines confrontées à des violences chroniques où la
sécurité est pensée, non comme un état imposé par la force, mais comme la prévention et la
protection de la vie quotidienne.

2026 : De la coercition (sécurité répressive) à la sécurité citoyenne
En Amérique Latine, par exemple au Chili, en Colombie et au Salvador, les débats autour de
la seguridad ciudadana ont montré que la militarisation de l’espace public en absence de
politiques sociales et institutionnelles solides, produit des résultats limités. Pour certains
auteurs, la sécurité est conçue comme un bien public co-produit par l’État, les collectivités
locales et la société civile combinant, la prévention, la proximité policière et confiance
institutionnelle. En Afrique, les approches de la sécurité humaine démontrent que la violence
armée est rarement la cause première de la sécurité, mais plutôt la trajectoire historique
marquée par l’exclusion, la fragilisation de l’État et la perte de légitimité politique . D’autres
auteurs montrent que la sécurité durable ne se repose sur la capacité de coercition, mais sur la
capacité de l’État à protéger, arbitrer et rendre justice
Haiti : Une crise de sécurité enracinée dans des vides institutionnels structurels en 2025
Le contexte sécuritaire haïtien s’inscrit dans une dynamique de défaillance de l’État, les
groupes armés qui contrôlent aujourd’hui 85% de la zone métropolitaine de Port-au- Prince,
filtrent dans ses espaces caractérisés par l’absence des services publics, le manque
d’opportunités socio-économiques et une défiance totale envers les institutions étatiques. Ces
vides font de la violence un mode de régulation alternatif là où l’État est perçu comme absent
ou discrédité. Dans ce cas, une réponse sécuritaire centrée exclusivement sur l’affrontement
armé ne saurait produire de stabilisation durable, elle risquerait au contraire de renforcer les
dynamiques de fragmentation. A l’inverse, une approche orientée vers la restauration
progressive des fonctions étatiques essentielles, permettra de déplacer la question sécuritaire
coercitive vers la protection de la vie quotidienne. D’où la nécessité d’une réorientation
stratégique dans cette lutte.

2026 : Année de réorientation stratégique
Penser 2026 comme une « année de sursaut et de rayonnement » ne signifie pas promettre
une sortie rapide de la crise sécuritaire aiguë, il s’agit d’assumer une réorientation et même
une redéfinition stratégique du plan de sécurité fondé sur des priorités viables, faisables et
atténuables.
Cela implique :

  • La sécurisation des fonctions vitales du pays : accès aux soins de santé, l’éducation, à la
    bourse et aux axes de circulation ; c’est le levier central pour redonner la confiance. Les
    expériences comparées en Américaine Latine et en Afrique ont montré que la perception
    de la sécurité augmente lorsque les services essentiels redeviennent accessibles
  • La restauration de la confiance institutionnelle comme pilier secondaire, cela doit prendre
    en compte la mise en place d’une police de proximité et redevable avec une justice
    minimale, mais fonctionnelle avec des signaux clairs et crédibles dans la lutte contre
    l’impunité, ses mesures sont beaucoup plus efficaces que la force répressive
  • Le troisième pilier, à moyen terme, concerne la prévention de la violence à travers
    l’investissement dans la jeunesse, l’emploi, la médiation communautaire comme levier
    de la stabilité durable et soutenable.

Le rayonnement comme horizon politique
2026, l’année de rayonnement dans la politique haïtienne ne renvoie pas à une ambition de
puissance coercitive, mais plutôt à la capacité d’inspiration en promouvant une sécurité
fondée sur la dignité, la participation citoyenne et la restructuration institutionnelle. 2026
peut devenir une année test, une année de prise de conscience où la sécurité cesserait d’être
une réaction permanente à la violence pour devenir un projet politique de reconstruction
sociale, car elle n’est pas seulement l’absence des coups de feu, c’est aussi la présence des
institutions qui protègent, arbitrent et réparent. Le sursaut commence quand la sécurité cesse
d’être un slogan, mais une expérience (se déplacer, étudier, se soigner, se divertir).

« Si 2025 a montré l’entendue de la crise, 2026 peut démontrer l’étendue de la société haïtienne à y faire face ».

Sources: Lucia Damnert (2007) seguridad ciudadana y políticas públicas en América latina, FLACSO Funmi Olonisakin (2010), conceptualizing human security in Africa , African security review , 19 Laura (2) Chinchilla (2011). Citizen security: Conceptual Framework and public policy, inter-American dialogue Mahmood Mandani (2001): When the victims become killers. Princeton University Press.

Un sursaut politique nécessaire

À l’aube de 2026, Haïti se trouve à un carrefour historique décisif où un sursaut politique
apparaît comme l’unique voie capable de garantir l’avenir national. En effet, la politique
entendue dans la tradition platonicienne et aristotélicienne comme l’art d’organiser le vivre-
ensemble et de poursuivre le bien commun, constitue le pilier de toute société structurée et
fonctionnelle. Or, en Haïti, cet idéal demeure largement inaccompli, tant dans les pratiques
que dans les institutions. Indépendante depuis 1804, la nation n’a jamais connu de stabilité
durable, et l’État peine encore à s’imposer comme garant de l’intérêt général. Cette fragilité
structurelle, profondément enracinée dans l’histoire et entretenue par des choix politiques
successifs, fait de la construction d’un ordre politique solide un défi permanent. Dans ce
contexte marqué par l’urgence et l’incertitude, l’année 2026 s’impose comme un moment
charnière : celui d’une rupture nécessaire pour amorcer un véritable redressement national.
Pour saisir pleinement l’ampleur de ce défi, il convient de remonter aux origines de cette
fragilité persistante. Dès sa naissance, la jeune république haïtienne a dû affronter des
conditions profondément hostiles, caractérisées par l’isolement diplomatique, une mise en
quarantaine par les puissances esclavagistes (Benoît Joachim, 1982). Plus grave, l’accès à la
reconnaissance internationale s’est accompagné d’un modèle de souveraineté négociée sous
contrainte, instaurant une dépendance structurelle vis-à-vis de l’extérieur et limitant toute
possibilité réelle d’autodétermination. L’imposition, par la France, d’une indemnité de 150
millions de francs-or en 1825 illustre avec force cette réalité historique. Selon un article
du New York Times (2022), cette rançon a durablement asphyxié les finances publiques,
hypothéquant non seulement le développement économique, mais aussi la capacité de l’État à
se constituer comme acteur autonome.
Cette logique de dépendance s’est prolongée, voire renforcée, tout au long du XXᵉ siècle.
L’occupation américaine (1915-1934) a profondément restructuré l’État haïtien selon des
impératifs de contrôle et de sécurité externes, au détriment d’un projet de développement
endogène et souverain. Selon l’analyse de Sauveur Pierre Étienne (2007), cette période a
cristallisé une relation de tutelle dans laquelle les intérêts stratégiques de Washington ont
souvent primé sur les besoins nationaux. Il en a résulté un État affaibli, pour lequel la
validation extérieure devenait un préalable à l’action, donnant corps à l’adage cynique selon
lequel « ce que Washington veut, Dieu le veut aussi ». Cette situation a consacré une
souveraineté tronquée et une dépendance systémique, freinant durablement l’émergence d’un
projet politique national autonome et cohérent.

Le poids de ces héritages historiques a progressivement conduit la nation à une crise
profonde, multidimensionnelle et durable. L’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet
2021, en a constitué l’expression la plus brutale et la plus révélatrice, mettant à nu
l’effondrement de l’autorité étatique, désormais incapable d’assurer la sécurité de ses plus
hauts représentants. Cet événement tragique a agi comme un révélateur plutôt que comme une
rupture, tant la dégradation de l’État était déjà avancée. Malgré le choc provoqué, la vie
politique demeure dominée par la concurrence d’acteurs se disputant un pouvoir largement
vidé de sa substance dans un contexte de fragmentation institutionnelle et de perte de
légitimité.
Dans la tradition haïtienne, les fins d’année sont généralement des moments chargés
d’émotion, de vœux et d’espérance collective. Elles sont souvent perçues comme des temps
de renouveau symbolique et de projection vers l’avenir. Pourtant, face à la persistance des
pratiques de mauvaise gouvernance et à la répétition des crises ayant conduit à une insécurité
généralisée et à un affaiblissement continu du lien social, il devient évident qu’un simple
souhait ne saurait inverser la trajectoire du déclin. L’espérance, aussi nécessaire soit-elle, ne
peut se substituer à l’action politique structurée et courageuse.
C’est précisément pour rompre avec cette dynamique que l’année 2026 doit être pensée
comme une année de combat, de refondation et de rupture. L’instauration d’un consensus
politique solide, inclusif et sincère entre les forces vives de la nation apparaît indispensable à
la mise en place d’un appareil étatique capable de rétablir l’autorité publique et de restaurer la
confiance collective. Dans cette perspective, il est impératif de rompre avec la logique
historique de dépendance qui a fragilisé l’État haïtien. Comme le soulignait déjà Louis-Joseph
Janvier (1884), le « mal haïtien » trouve en grande partie son origine dans l’intervention
constante des puissances étrangères. Il ne s’agit toutefois pas de prôner l’isolement ou le repli,
mais de refonder les partenariats extérieurs sur des bases nouvelles, afin qu’ils servent un
projet national clairement défini, stratégiquement pensé et porté par les Haïtiens eux-mêmes,
dans le respect de leur dignité et de leur souveraineté.

Sources: Louis-Joseph Janvier, Haïti aux Haïtiens, Paris, Imprimerie A. Davy, 1884. PIERRE-ÉTIENNE Sauveur, L’énigme haïtienne : Échec de l’État moderne en Haïti, Montréal, 2007. Benoît JOACHIM, Les racines du sous-développement en Haïti, Port-au-Prince, Henri Deschamps, 1979. New York Times, La rançon. À la racine des malheurs d’Haïti : des réparations aux esclavagistes, 2022.

Une dynamique positive malgré tout

Les années défilent lentement pour certains mais à une vitesse folle pour d’autres avec un
traineau de détresse, de peurs, de frustrations et d’insatisfaction. L’insouciance d’antan des
écoliers et des étudiants eu égard au nombre de jours de classe s’est envolée depuis belle lurette.
Fini le temps des « barikad », « LÒK » on dirait, mais la réalité est tout autre. Les « barikad » ne
sont plus physiques mais dans le mental des jeunes et de leurs formateurs. Les haïtiens sont
devenus un people de nomades, de fugitifs, de déplacés. L’apprentissage l’est aussi puisque les
sites de formation sont soit fermés, vandalisés soit déplacés également.
Le système éducatif doit être protecteur, résilient et réactif de façon à transmettre des
connaissances mais également il doit faciliter le développement social, cognitif et émotionnel des
apprenants.
Quand on pense au système de santé, il est tout autant fragilisé par le vandalisme des institutions
de santé que par la formation de la relève. Cette dernière espère et se construit malgré tout.
L’ischémie prolongée créée par la fuite de cerveaux bien préparés localement fait craindre le pire
certainement. Hélas !
Toutefois, ayant été témoin de la rentrée universitaire de la nouvelle cohorte 2025-2026 à la
Faculté de Médecine et de Pharmacie, de l’École de Biologie Médicale, de l’École d’Optométrie
de l’Université d’État d’Haïti, je me permets de voir l’année qui s’en vient, 2026 comme une
année de sursaut, de réveil, une dynamique positive malgré tout. En effet, un sursaut pour
comprendre que la fécondation du bonheur de tout un chacun est étroitement liée à la satisfaction
des besoins de l’autre. Réveillons-nous pour redonner le sourire aux petits. Faisons une priorité
la formation des citoyens de demain. Offrons des soins de qualité centrés sur les patients.
Attelons-nous à la tâche. Les jeunes ont besoin de nous, Haïti espère ce sursaut, cette
renaissance. Arrêtons de fuir chez nous ou chez les voisins. Bâtissons Haïti et les générations
futures nous seront reconnaissantes.

La participation à la coupe du monde de 2026 : une carte pour la relance d’Haïti

La participation à la coupe du monde de 2026 : une carte pour la relance d’Haïti
Jacques Stephen Alexis, le célèbre écrivain et militant marxiste communiste haïtien a écrit
ceci : « Les peuples sont des arbres qui fleurissent malgré la mauvaise saison, à la belle
saison notre arbre continue à vivre. Un peuple qui vient de produire un Jacques Roumain ne
peut pas mourir » Cette parole porte en elle une double dimension pour nous fils et filles de
Jean-Jacques Dessalines. Une dimension politique en ce qu’elle doit nous guider et nous
motiver à nous engager dans la lutte pour la reconstruction d’un pays prospère et une
dimension prophétique en ce qu’elle doit alimenter notre confiance en ce que deviendrait
notre nation si nous ne désespérons pas. En effet, Haïti est un pays qui porte en lui une force
surprenante, une capacité à surprendre le monde et à créer du nouveau. A chaque fois, a
chaque occasion qui se présente, Haïti met sa touche dans l’écriture de l’histoire de
l’humanité.
La situation actuelle du pays correspond parfaitement à l’image qui transparait dans les mots
d’Alexis : Haïti est en train de fleurir malgré la mauvaise saison. De ce fait, nous pouvons et
ceci comme cela a toujours été le cas à travers toute notre histoire, le pays n’est pas mort.
L’année 2026 augure le moment du réveil et de la belle saison.
En effet, notre chère Haïti commence à écrire une nouvelle page de son histoire en se
qualifiant pour prendre part à la coupe du monde de la FIFA de 2026, pour une deuxième
fois, après plus de cinquante ans. En battant le Nicaragua par 2 buts à zéro le 18 novembre
2025 les grenadiers ont fait preuve qu’Haïti garde sa vaillance de peuple qui ne veut pas se
submerger en dépit des adversités qui hantent son existence. C’est une victoire historique
comme les journalistes de TV5 monde l’ont justement qualifiée, car le groupe était difficile.
Un grand exploit, une prouesse ! Personne n’aurait cru qu’Haïti allait se qualifier sur le
Honduras et le Costa. Mais, comme d’habitude nous avons levé le défi dignement.
Si la qualification démontre qu’Haïti veut se réveiller, la participation, elle, contribuera à (re)
visibiliser et à projeter une meilleure image du pays. Sur cet aspect nous pouvons prendre en
en exemple le Maroc qui a vu sa visibilité dans les médias influents augmentée de manière
significative en raison de sa participation à la coupe du monde de la FIFA de 2022. Ainsi, la
participation à cette coupe du monde donne une carte à notre pays pour jouer son
redémarrage. Nous devons l’utiliser à bon escient sur tous les plans. D’abord sur le plan
diplomatique en améliorant nos relations avec d’autres pays, du moins en ce qui concerne le
développement du sport. Ensuite, sur le plan politique en profitant de l’évènement pour
renforcer le sentiment haïtien et la volonté de vivre ensemble en tant que nation héritière
d’une glorieuse histoire. Et enfin, particulièrement, sur le plan économique cette occasion
doit être une opportunité pour négocier, attirer et promouvoir des investissements. Ce n’est la
panacée aux multiples problèmes du pays, mais c’est une énorme opportunité pour un pays
mal vu et maltraité de répondre présent à l’un des évènements les plus médiatisés du monde.
Il reste aux dirigeants et aux élites haïtiennes de bien en profiter pour un sursaut, point de
départ pour un nouveau rayonnement. Croyons fermement que cette année 2026, à la faveur
d’une bonne planification et d’une prestation à cette coupe du monde, sera une année de
relance pour notre chère Haïti Thomas !

Cf: Castera G. (2002). Connais-tu Jacques  Roumain. Port-au-Prince : Imprimeur II

(Re)façonner notre humanité

La crise haïtienne touche directement le mode de vie ou plutôt l’art de vivre de chaque Haïtien. Elle dénature et bouleverse les conditions de vie spécifiques à ce milieu. Elle modifie considérablement la manière dont on vit et pense au quotidien. Cette crise modifie les habitudes, les aspirations et les comportements. Elle chamboule les aspects comme le logement, la spiritualité, l’alimentation, le travail, l’école, les loisirs, les relations qu’on peut développer avec les autres; et aussi les traditions, les valeurs… Par exemple, l’architecture des fêtes de Noël, le carnaval, le « rara » et même les vacances d’été, les fêtes champêtres dans ce pays, volent en éclat. Conséquences: un grave déséquilibre s’installe entre le bien être individuel et le contexte collectif d’épanouissement. Cette situation abime profondément l’humanité et la société haïtienne.
Dès lors, les Haïtiens sont-ils capables de trouver au plus profond d’eux-mêmes, c’est-à-dire dans la conscience de chacun mais également dans ce qu’ils sont et représentent comme peuple, suffisamment de force capable de créer les conditions pour refaçonner l’humain et in fine la société haïtienne ? Cette démarche est nécessaire et indispensable. La réponse doit être régulée par une conception claire de l’humain aussi bien dans ce qu’il est comme personne que dans le sens de sa vie en société. Je souhaite, dans ces quelques lignes, mettre en avant et affirmer la permanence des valeurs qui fondent et doivent structurer, donner sens à notre humanité.
J’ai grandi dans une commune rurale où tout avait un sens: l’élevage, la plantation, la récolte, le nettoyage communautaire, le sport, les études, le carnaval, les fêtes de fin d’année… J’étais donc installé dans un terreau de culture et de spiritualité stable.
J’ai gardé, tout au long de mon parcours et de mes engagements, la conscience de ces racines culturelles. Elles demeurent en moi comme certitudes et promesses du sens de l’aventure humaine. Il convient de l’affirmer avec force au moment où les vents dominants s’attachent à dénaturer les Haïtiens pour en faire des sujets d’une immense entreprise d’exploitation, au service des puissances de l’argent et du pouvoir. J’ai toujours lutté dans mes engagements pour que chaque femme, chaque homme, chaque enfant soit au centre de toute construction, économique, religieuse, sociale et politique. C’est ce que l’on nomme le respect de la dignité qui est ontologique, inhérente à l’être humain. Cette dignité exige la reconnaissance de l’altérité. Elle sollicite le respect.
Nous ne devons accepter de nous plier à la dictature du désastre. Les acteurs du chaos veulent briser l’entreprise de l’aventure humaine haïtienne en la séparant, d’une part de la terre où elle prend ses racines et d’autre part, des valeurs de culture et de spiritualité qui lui donnent son sens. Il est nécessaire de démystifier ce jeu tragique en Haïti qui traite les personnes comme de pseudo citoyens sans territoire, sans patrie, sans culture, sans attachement, sans identité. Je veux défendre l’importance d’un sursaut visant à (re)façonner notre humanité à partir de la base: son implantation dans un territoire partagé et dans une culture assumée, permettant la solidarité vécue, le respect comme manière de vivre avec les autres, la reconnaissance de la valeur de chaque personne, la protection de chaque personne face aux crimes contre l’humanité qui se perpétuent sur le sol haïtien par des Haïtiens. Dès lors, orienter la réflexion et l’action vers la concrétisation des droits contenus par exemple, dans la déclaration universelle des droits humains (le droit à l’éducation, à la liberté de pensée, le droit à la propriété individuelle ou collective est garanti par l’article 17 et l’article 25 qui consacre le droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires […]), semble particulièrement salutaire pour les Haïtiens. Il y a donc un fragile équilibre à penser entre droits individuels et le devenir de notre société, entre des intérêts particuliers et l’intérêt général. Et c’est bien sur cette base que l’on peut fonder une humanité attentive à chacun, spécialement aux vulnérables. Il convient de soigner les blessures externes mais aussi celles qui se trouvent à l’intérieur de chacun. Car le malheur haïtien c’est aussi l’apparition massive du phénomène de la détresse psychologique, une forme de maladie mentale. Cette réalité risque de nous détruire à petit feu alors que l’incendie de l’insécurité détruit à grand feu. Dans de telles conditions, il n’est pas étonnant que la dépression emporte la société. Il faut mettre la main à la pâte et engager une réflexion collective si l’on veut sauver l’humanité et la société haïtienne.
La mise en œuvre de cette aspiration est une construction qui requiert réflexion, appropriation, instruction, entretien, entraînement, tâtonnement…
Ce n’est qu’à la condition d’un réel projet éducatif autour des droits humains et un sérieux projet de société que nous pourrons œuvrer dans la perspective d’une humanité refaçonnée, aboutie, mais jamais finie.
Cette aspiration appelle aussi à la mobilisation des énergies, à l’affirmation des convictions et à la prise de responsabilité.

Cf. Roland De Botd, L’humanité en nous, Éditions du Cerisier, 2015.

Kenscoff

Ce que j’aime dans Kenscoff,
C’est sa température légère et fraîche.
C’est son vent froid,
Glacé sous la pluie.
Ce sont ses brouillards,
Tantôt fins, subtils,
Tantôt épais, denses.
Ce sont ses crépuscules mauves,
Ses nuits d’encre,
Profondes et insondables.

Ce que j’aime dans Kenscoff,
Ce sont ses arbres feuillus
Leurs fortes senteurs mouillées
Des matins brumeux.
Ce sont ses ifs, eucalyptus et pins
Qui bruissent à tous instants,
A tous instants fredonnent
Un chant doux
Comme un froufrou de soie.

Ce que j’aime dans Kenscoff,
C’est dans ses jours radieux
L’éclat des cieux
Avec l’ardent soleil
Aux rayons d’or qui ruissellent.
C’est de ses paysans la simplicité,
Leur gaieté sonore, le charme de leur naïveté.
C’est la vie grouillante, bourdonnante
De son marché en montée étalé
Et la cohue bigarrée de ses rues.

Ce que j’aime dans Kenscoff,
Ce sont ses jolies promeneuses
Au teint chaud, au gentil « habaco »
Qui vont et viennent, nonchalantes, aguichantes,
Par vagues incessantes, chevelure au vent.
Parvenues à hauteur des jeunes premiers
Aux bords de la route échelonnés,
Elles prennent soudain, un petit air avantageux
Qui se voudrait détacher
Pour se détendre ensuite par le rire en cascades.

Ce que j’aime dans Kenscoff,
C’est l’étendue voilée de ses espaces nus. Quand tombe le crépuscule.
Ce sont ces bruits feutrés,
La nuit venue.
Puis, son calme, son silence,
Son aspect désolé, sa solitude immense.
Et enfin son ciel d’étoiles
Qui semble filtrer dans ses nuits d’encre
A travers la ramure de ses ifs et de ses pins.

Production : Espace de réflexion éthique d’Haïti, avec la participation de :

Willy ELZY (Repenser la sécurité globale en Haïti)
Ingénieur de Projet, Master en Sciences du Développement.

Réginald GRACIA (Un sursaut politique nécessaire)
Étudiant en Sciences Politiques.

Judith EXANTUS (Une dynamique positive malgré tout)
Néphrologue, Pédiatre, Professeure des Universités.

Biltonn BOSSE (La participation à la coupe du monde de 2026: une carte pour la relance d’Haïti.
M.Ed, Psychologue, Chargé d’enseignement à la American University of the Caribbean et à l’IPES

Steevenson MONTINARD (Re)façonner notre humanité)
Professeur de Bioéthique

Axel MARTINEAU, Jérémie. (KENSCOFF)

6 commentaire sur « 2026 : l’année du sursaut et du rayonnement »
  1. Que les regards croisés de tous ces auteurs, dans leur discipline respective, sur l’état actuel et le devenir d’Haïti, fassent des émules.
    Merci pour cet état des lieux factuel que vous faites, mais surtout pour le positivisme que nous pouvons lire dans vos lignes.
    En tant qu’amie d’Haïti et responsable d’association qui œuvre pour ce beau pays, vous avez tout mon soutien et ma reconnaissance pour ce que vous faites afin d’éveiller les consciences.
    Que 2026 soit l’année de ce sursaut si nécessaire.
    Belle année à tous les contributeurs de cet espace éthique !

  2. Bien que le « sursaut » soit un processus continu face à l’insécurité chronique et aux crises politiques et sociales du pays; nous devons amener des moments clés pour déclencher « l’esprit de la responsabilité collective » cette année.

  3. Comme vous venez de le dire, il est impératif de rompre avec les pratiques antérieures, afin d’avoir une nouvelle manière de voir les choses pour la réussite de ce sursaut dont nous nous parlons.

  4. Un texte fort qui met des mots sur notre douleur collective, mais surtout sur notre responsabilité commune. Malgré la crise, il nous rappelle que le changement est possible si nous refusons la peur et choisissons l’engagement et l’unité.

  5. Une autre Haïti est possible lorsque nous arrêtons d’attendre le changement de l’extérieur. Quand chaque Haitien décide de s’engager , s’unir et placer l’intérêt collectif avant l’intérêt personnel .

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