Les Commerçants du Marché jeudi victimes d’un scandale foncier aux Cayes.

Le scandale qui secoue la ville des Cayes en cette fin du mois de janvier 2026 concerne le lotissement et la vente, par des particuliers, du terrain où est établi le MARCHÉ JEUDI. Cette expulsion de facto soulève de nombreuses interrogations et suscite l’indignation au sein de la population. Les citoyens s’interrogent sur la légitimité de ces transactions et craignent les conséquences d’une telle situation sur leur accès aux services et aux commerces locaux. La situation semble également révéler des problèmes plus profonds liés à la gestion des terres et aux droits de propriété dans le département, alimentant ainsi un sentiment d’injustice et de mécontentement parmi les citoyens.

Nous souhaitons profiter de ce drame pour poser certaines questions cruciales. À qui appartient réellement le terrain ? Pourquoi les autorités ont-elles permis à la population de s’y établir sans encadrement ? La mairie ne taxait-elle pas les commerçants qui y exerçaient leur activité ?

Si le terrain appartenait effectivement à des particuliers, pourquoi les autorités n’ont-elles pas déclaré ce terrain d’utilité publique et indemnisé les propriétaires, plutôt que de laisser la population se retrouver dans une situation aussi précaire ? Il est légitime de s’interroger sur les priorités des décideurs : le bien-être de la population ne devrait-il pas primer sur les intérêts individuels ? Ce scandale soulève des questions fondamentales sur la gestion des ressources foncières et la responsabilité des autorités envers leurs citoyens. Les habitants des Cayes méritent des réponses claires et des actions concrètes pour protéger leurs droits et leurs moyens de subsistance.

Propriété et légitimité

Les informations qui circulent depuis toujours dans la ville laissent entendre que ce terrain appartient à la ville des Cayes. Cette affirmation repose sur un fait historique : le président Antoine Simon avait acquis cet emplacement dans le but d’y établir un terrain d’aviation. Cependant, comme l’espace s’est révélé trop petit pour répondre aux besoins de l’aviation, il a ensuite acheté une parcelle plus grande à Laborde, où se trouve aujourd’hui l’aéroport international Antoine Simon.

Cette situation soulève de nombreuses interrogations concernant la propriété foncière et la transparence des transactions. Le fait que le terrain ait été acquis non seulement par une autorité publique légitime, mais également par un président de la République dans le cadre d’un projet d’intérêt général, complique encore davantage les choses. Cela remet en question la légitimité de sa vente par des particuliers. Les habitants des Cayes, préoccupés par cette situation, exigent des clarifications et une enquête approfondie pour faire la lumière sur la véritable propriété de ce terrain.

Transparence et documentation

Où se trouvent les archives de la ville ? Les lois sur l’enregistrement n’ont-elles pas toujours existé ? La Direction Générale des Impôts (DGI), ainsi que les Bureaux des Contributions et la Mairie, devraient détenir les documents historiques relatifs à la propriété foncière des biens de l’État dans la commune. Pourquoi ne répondent-ils pas aux demandes de transparence et d’accès à ces informations ? Les légataires qui contestent ces faits historiques devraient être tenus de rendre publics les titres de propriété prouvant qu’ils sont les héritiers légitimes du président Antoine Simon et que le terrain a été acquis par leur Aïeul après avoir quitté ses fonctions de chef de l’État, et ce, pour des raisons autres que la construction de l’avion.

Cette situation soulève une autre question d’une pertinence accrue : après avoir été chassé du pouvoir par un coup de force orchestré par Cincinnatus Leconte, l’ex-président aurait-il vraiment pris la décision d’acheter un terrain pour y établir des services publics, alors qu’il a été contraint par son successeur à fuir et à vivre en exil pendant une période assez longue ? Une telle démarche semble difficilement envisageable, car elle soulève des interrogations sur ses intentions et sa vision pour le pays à un moment où il devait faire face à des défis personnels et politiques majeurs. Comment aurait-il pu s’engager dans un projet de cette envergure alors qu’il était en proie à l’incertitude et à la perte de son autorité ? La transparence est essentielle pour établir la légitimité des revendications et rassurer la population sur la validité de la situation.

Occupation et droits

Les générations antérieures à l’an 1980 à la ville des Cayes se rappellent que les « Jeannot » ont occupé ce terrain pendant une très longue période. Quelle était la nature de cette occupation ? Cette question n’a pas pour but de défendre un tiers, mais vise plutôt à éclaircir la légitimité de leur présence sur ce terrain et à déterminer s’ils sont également impliqués dans cette vente problématique.

Les occupants d’un terrain peuvent avancer plusieurs arguments pour justifier leur situation vis-à-vis de celui-ci. Tout d’abord, ils pourraient faire valoir qu’ils ont investi du temps et des ressources dans l’aménagement et l’exploitation de cet espace, ce qui pourrait leur conférer une forme de droit de propriété par l’occupation. Ils pourraient également souligner qu’ils ont exercé leurs activités économiques sur ce terrain de manière continue et publique pendant de nombreuses années, renforçant ainsi leur revendication.

De plus, ils pourraient évoquer des accords ou des ententes passées, même informelles, avec des autorités locales qui auraient permis leur occupation. Ils pourraient également arguer qu’ils contribuent à l’économie locale en générant des emplois dans la région. Enfin, ils pourraient revendiquer un droit historique sur le terrain, en se basant sur des traditions ou des usages qui remontent à longtemps, soutenant que leur présence est ancrée dans la culture locale.

Cependant, pour que ces arguments soient pris en compte, il sera essentiel d’examiner les preuves documentaires et historiques qui sous-tendent leurs revendications, ainsi que de les confronter aux droits de propriété légaux en vigueur. La transparence et le dialogue avec les autorités seront cruciaux pour résoudre ce type de conflit de manière équitable.

Pratiques douteuses et corruption

Le drame réside dans le fait que toutes ces affaires semblent se dérouler dans l’ombre. Bien que des avocats et des juristes s’y impliquent, ils semblent négliger les intérêts de la population. Cette attitude soulève des questions éthiques et met en évidence un système où les droits des citoyens sont souvent ignorés au profit d’intérêts privés. Il est impératif que la communauté exige des réponses et des comptes, afin de protéger ses droits et de garantir un avenir où la justice et l’équité priment.

Depuis quelque temps, une pratique irrégulière et déloyale s’est répandue dans le département concernant les conditions de vente de terrains. Les arpenteurs et les notaires semblent jouer un rôle complice dans ces transactions douteuses. Cette situation suscite de vives inquiétudes, et de nombreuses rumeurs circulent à ce sujet, mais les autorités n’interviennent jamais pour faire respecter la loi. Cette complicité entre les professionnels du secteur foncier et certains acteurs de l’administration soulève de graves questions sur la transparence et l’intégrité du système. Les citoyens, souvent mal informés, se retrouvent victimes de pratiques abusives qui mettent en péril leur sécurité et leur droit à la propriété.

Il est impératif que les autorités prennent conscience de cette situation et agissent rapidement pour restaurer la confiance du public. Des enquêtes doivent être menées pour identifier les responsables de ces pratiques illégales et garantir une régulation stricte des transactions foncières. La justice et la protection des droits des citoyens doivent primer, afin de mettre fin à cette culture de l’impunité qui nuit au développement et au bien-être de la population.

Rappel historique et implications sociales

En outre, il existe une loi qui remonte au fondateur de la patrie haïtienne, Jean-Jacques Dessalines. Selon cette loi, lorsqu’il y a des doutes sur la légitimité d’un propriétaire d’un terrain, il est possible de mener une enquête auprès des anciens résidents vivant à proximité de ce terrain pour obtenir des informations sur le propriétaire. Cette pratique vise à garantir la transparence et la justice dans les transactions foncières, en s’appuyant sur la mémoire collective et les connaissances des membres de la communauté. Les témoignages des anciens peuvent fournir des éclaircissements précieux sur l’historique de la propriété et sur les droits qui y sont associés.

Confiance et intégrité du système judiciaire

Malheureusement, il arrive que des juges et des avocats s’entendent pour mener des enquêtes fallacieuses et hors de leur contexte. Ils interrogent des personnes qui ne connaissent même pas le terrain en question, souvent des locataires ou des voisins, pour établir des décisions de justice. Ces pratiques douteuses sont souvent facilitées par des pots-de-vin généreux, ce qui compromet gravement l’intégrité du système judiciaire.

Cette situation crée un climat de méfiance parmi les citoyens, qui se sentent trahis par ceux qui sont censés défendre leurs droits. Les décisions prises sur la base d’informations erronées ou biaisées entrainent souvent des conséquences dévastatrices pour les personnes affectées, entraînant des pertes de propriété et des injustices flagrantes.

Il est essentiel que cette loi soit appliquée de manière rigoureuse pour éviter les abus et protéger les droits des citoyens. En renforçant l’implication des communautés locales dans les décisions foncières, on peut espérer une meilleure gestion des ressources et une plus grande justice sociale. Les autorités doivent donc veiller à ce que ces enquêtes soient systématiquement réalisées lorsque des doutes se présentent, afin de rétablir la confiance dans le système foncier du pays.

Il est crucial que des mesures soient mises en place pour contrer ces abus. La transparence dans le processus judiciaire, la formation continue des professionnels du droit et la surveillance indépendante des enquêtes sont autant de solutions qui pourraient contribuer à restaurer la confiance des citoyens dans le système judiciaire. L’intégrité et l’équité doivent devenir des priorités absolues pour garantir que la justice soit rendue de manière juste et impartiale.

Impact économique et social

Ce terrain, qui était un lieu central pour les échanges commerciaux et la vie sociale de la ville, a été vendu sans transparence ni consultation des citoyens. Ce marché représentait un véritable poumon économique pour la région, permettant aux agriculteurs de vendre leurs récoltes et aux consommateurs de se procurer des denrées fraîches et variées. Les échanges qui s’y déroulaient favorisaient non seulement l’économie locale, mais renforçaient également les liens sociaux entre les différentes communautés. Aux côtés des populations de la grande plaine des Cayes, toute la côte sud, ainsi que les habitants de Bomont et de Duchitie, écoulaient leurs produits agricoles dans ce marché. Chaque jeudi, des millions de gourdes de marchandises étaient échangées, en plus des produits agricoles.

La population ne s’est pas établie sur le terrain en une nuit. C’est en toute légitimité, c’est-à-dire avec la connaissance et l’approbation des autorités locales. D’ailleurs, le magistrat Gabriel, de regrettée mémoire, avait lui-même procédé à l’installation des conteneurs sur ce site. Cela signifie que la mairie des Cayes porte une grande part de responsabilité vis-à-vis des commerçants qui se retrouvent aujourd’hui jetés dehors.

Cette situation soulève des questions sur la gestion des espaces publics et le rôle des autorités dans la protection des intérêts de la population. Si la mairie a permis l’occupation de ce terrain et a même contribué à son aménagement, il est difficile de comprendre pourquoi les commerçants sont maintenant dépossédés sans préavis ni compensation adéquate.

Conclusion

Il est impératif que les autorités locales prennent conscience de leur responsabilité et agissent rapidement pour trouver une solution équitable, afin de rétablir la confiance avec les citoyens et de garantir leurs droits. La situation actuelle ne doit pas être ignorée, et des mesures doivent être prises pour protéger les moyens de subsistance de ces commerçants et restaurer la justice dans cette affaire.

Les autorités ont les moyens légaux nécessaires pour intervenir et protéger les intérêts de la population. Au lieu de se quereller sur des sujets futiles, elles doivent se concentrer sur les besoins des citoyens qui, après tant d’années de luttes pour la justice et l’équité, ne devraient plus être victimes d’abus. La population des Cayes mérite une gouvernance responsable qui respecte ses droits et œuvre pour son bien-être, afin de ne pas revivre les erreurs du passé.

La question demeure : la situation sera-t-elle enfin débattue et résolue dans les hautes instances, ou les habitants des Cayes continueront-ils à être laissés pour compte dans cette lutte pour leur droit à la propriété et à un avenir meilleur ?

Yvan Museau

Ancien vicaire général du diocèse de l’Anse-à-Veau et Miragoâne

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