Cette image illustre une scène en noir et blanc de citoyens haïtiens de tous horizons- enseignant, paysan, médecin, jeune- qui forment un cercle autour d’un arbre.
Message: prendre soin du corps social ensemble. L’individu et le collectif liés.
L’EREH rappelle que la vie éthique de chacun fonde la vie de tous. Et si le changement commençait par notre capacité à prendre soin du corps social ?
Dans un pays en crise, l’éthique n’est pas un luxe. L’espace de Réflexion Éthique d’Haïti défend l’idée que le bien commun commence par une attention au quotidien et surtout par une vie éthique où le bien personnel s’harmonise avec le bien de tous.
L’EREH est un nouveau modèle de promotion éthique au cœur de la cité. Faire la promotion de l’éthique dans une société ce n’est pas d’abord assurer une acquisition massive de connaissances théoriques pour ensuite « dire » l’éthique, évaluer et prescrire. Il s’agit fondamentalement de favoriser une attention éthique qui touche le quotidien des citoyens. Une attention qui concerne les pratiques, les situations singulières, nouvelles, complexes et urgentes.
La voix de l’éthique est une forme de militance au service des valeurs de la démocratie visant le bien commun. Pierre Fortin dit qu’une valeur c’est ce qui vaut ; c’est ce à quoi individuellement ou collectivement, on accorde de l’importance ; c’est ce qui a du poids pour un individu ou une collectivité[i].
Les valeurs sont démocratiques en tant qu’elles reposent sur un gouvernement responsable qui a le souci de servir le bien commun avec loyauté et impartialité politique. Ces valeurs comprennent le respect de la Constitution et de la primauté du droit, la défense des droits et libertés des citoyens qui sont le fondement d’une société démocratique, et l’intégration incarnée de la responsabilité de favoriser le développement social et économique.
Clin d’œil éthique sur la notion du BIEN COMMUN
Dans son livre Agir en politique, décision morale et pluralisme politique, Paul Valadier situe la notion du bien commun, non pas d’abord sur le terrain repérable par l’analyse sociologique, mais dans le registre du discours éthique : « cette notion recouvre en effet, ce que peuvent désirer et vouloir des groupes sociaux s’ils veulent vivre – et vivre bien ensemble »[i] . Le premier critère opérant dans la recherche de l’équilibre entre bien personnel et bien commun réside dans l’expérience éthique.
Il importe d’insister sur ce point : parler de bien commun renvoie d’abord à un souci de prendre soin du corps social. Ce qui signifie que ce souci est ce qui fonde la société, en tant qu’il devient un désir commun des citoyens. Et c’est en raison de cette perspective qu’il ne saurait y avoir de bien personnel, qui ne soit d’emblée harmonisé avec le bien commun.
Le bien commun de la société, c’est par conséquent, une vie éthique, autrement dit, la vie bonne des citoyens, leur communion dans le bien-vivre. Le bien commun est en définitive droiture de vie, vie vertueuse, vie éthique de chacun et de tous. Dès lors, la condition de possibilité du bien vivre, c’est la prise de conscience immédiate des membres d’une même communauté, du lien qui les constitue à la fois dans leur individualité propre et dans leur fonction sociale à l’égard de tous. Cette prise de conscience dégage aussi à leurs yeux le sens du bien commun qui s’identifie au bien personnel.
INTÉRÊT PUBLIC ET BIEN COMMUN
Le bien commun « universel » est un idéal vers lequel tend toute société et qui n’existe pas dans la réalité effective. En revanche, il existe une multitude de biens communs « particuliers » : bien commun international, national, régional, local etc. Ces divers biens communs « particuliers » s’apparentent davantage au concept d’intérêt public, celui-ci étant défini comme l’intérêt général devant dépasser les intérêts particuliers ou privés.
Le bien commun « universel » est un principe de décision qui s’inscrit dans un cadre général de réalisation de la justice. Il est donc un impératif éthique du politique. Il n’est pas la somme des intérêts particuliers, mais l’équilibre entre intérêts des individus et ceux des groupes sociaux.
La recherche du bien commun universel correspond donc à la recherche d’un équilibre qui, dans les décisions de l’État, assure des conditions sociales justes et stables. La légitimation du bien commun particulier et de l’intérêt public dépendent en dernière analyse de la bonne volonté raisonnable et de la compétence morale (éducation) des pouvoirs publics de décision[i].
Ces réflexions ne sont pas réservées à des spécialistes, elles concernent chaque citoyen dans ses choix de priorité au regard de toutes formes de situations : circulation routière, environnement, santé, aménagement, politique, construction éducation…
C’est pourquoi nous devons faire progresser la réflexion éthique au plus près de nos réalités de vie. C’est bien la vocation de l’Espace de Réflexion Éthique d’Haïti, qui offre, comme son nom l’indique, un espace de réflexion, d’échange, de discernement, de formation et de recherche.
Steevenson MONTINARD
Professeur de Bioéthique
[i] Otfried Höffe (dir.) Petit dictionnaire d’éthique, Paris, Cerf, 1993, 371 pages.
[i] Paul Valadier, Agir en politique, décision morale et pluralisme politique, Paris, Cerf, 1980. p 129.
[i] Pierre Fortin, La morale, l’éthique, l’éthicologie, Presses de l’Université du Québec, 1995, p 24.


L’être haïtien a donc le devoir envers lui-même de redéfinir ses valeurs et ses priorités. Dans cette perspective, le chemin de l’éthique constitue l’issue idéale pouvant l’aider à exister en tant qu’Haïtien : à la fois comme être individuel et comme être faisant partie d’un ensemble.
La prise en charge du bien commun dans une société comme la nôtre est effectivement essentielle. Il ne faut pas tout ramener au problème d’Haïti, mais celui-ci réside bien dans le non-respect des valeurs vitales et des droits fondamentaux.
Merci à l’EREH pour votre implication à faire progresser la réflexion éthique au plus près des réalités haïtiennes.
Réfléchir éthiquement, c’est déjà une manière de refuser la résignation. Dans une société comme la nôtre, c’est aussi l’occasion de poser les fondations ( bases ) pour une reconstruction nationale fondée sur une nouvelle apprentissage de ce terme bien commun souligné dans votre dernière publication intitulé « La démarche éthique au service des valeurs démocratiques » . L’auteur de cet article ( le professeur Stevenson MONTINARD ) a mentionné que le bien commun » n’est pas la somme des intérêts particuliers, mais l’équilibre entre intérêts des individus et ceux des groupes sociaux. » Je trouve cette citation très pertinente surtout dans le contexte actuel de notre société. Cette citation pose une distinction entre le bien individuel et le bien collectif pour montrer que le politique ne devrait pas être une simple gestion ou la somme des intérêts particuliers, mais la recherche d’une boussole collective. Cette recherche nous oblige de mettre côté toute sorte de captation, d’intérêts fragmentés pour réhabiliter la responsabilité, la solidarité et la justice parce que nul ne peut durablement se construire au détriment des autres.
Merci à vous ( EREH ) pour cette année de réflexion, de questionnement autour des enjeux qui traversent notre notre société.
Vos articles m’ont profondément touché et interpellé.
Merci
La prise en charge du bien commun dans une société comme la nôtre est effectivement essentielle. Il ne faut pas tout ramener au problème d’Haïti, mais celui-ci réside bien dans le non-respect des valeurs vitales et des droits fondamentaux.
Merci à l’EREH pour votre implication à faire progresser la réflexion éthique au plus près des réalités haïtiennes.
Après avoir lu ce document de l’EREH, il y a toute une multitude d’idée qui me viennent à l’esprit.
En observant tous les jours dans notre cher pays Haïti; on peut voir clairement que la politique haïtienne est bloquée parce qu’une poignée de gens ont décidé d’en faire leur propriété privée.
En réalité, en vérité le véritable poison de notre système réside dans la confiscation du pouvoir et de la resources par ce petit groupe d’intérêt particulier, au détriment de l’immense majorité de la population. Ce texte nous rappelle fort heureusement qu’une société s’effondre inévitablement quand ces clans privilégient leur profit personnel au lieu de viser le bien commun.
Pour sortir de cette impasse, il faut briser ces égoïsmes sectoriels et réclamer des dirigeants une vraie rigueur morale, un respect strict de la loi et une action politique enfin tournée vers l’intérêt général.
Je tiens à remercier le professeur MONTINARD pour cette si belle initiative, il nous aide à mieux réfléchir sur la situation précaire que traverse notre pays!!
I appreciate how well the ideas are presented here because the discussion feels clearly arranged, simple to follow, and enjoyable to follow from beginning to end.
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